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Marie-Josée Labelle Buri

Infirmière scolaire

Marie-Josée Labelle BuriTémoignage d’une infirmière scolaire en période de CoVID-19

Extrait de mes pensées CoVID-19

13 mars 2020. Les écoles ferment. Confinement général, la petite bestiole gagne du terrain, nous déboussole. C’est vraiment une situation spéciale et inquiétante. Je ne veux pas céder à la panique. Le CoVID-19 nous tient en alerte. L'Unité de promotion de la santé et prévention en milieu scolaire (Unité PSPS) nous demande de nous tenir prêt×e×s à? disponibles à? Je me demande ce que je vais faire, ce que je peux faire. Tout est incertain, incohérent, personne ne sait.

 

 J’attends, j’écoute, j’analyse, j’espère…être prête à? disponible à?

Le téléphone en permanence collé dans la poche, je reste humble face à la situation. Le soir, j’applaudis mes pairs infirmier×e×s en milieu hospitalier, car je comprends le boulot.

30 mars 2020. Je promène mon chien. Le téléphone sonne! Ce téléphone tant attendu mais aussi, soyons honnêtes, un peu redouté, signifiant mon engagement dans les soins, je ne sais où, là où on a besoin de renfort. Je n’ai pas vécu de guerre mais curieusement le contexte actuel semble parfois similaire. Être appelée, un mélange d’euphorie et de crainte qui m’invite à la réflexion sur mes capacités et mon savoir-faire. J’ai confiance en moi mais cette petite boule au ventre, discrète, me rappelle que je suis «personnel soignant» et que je vis un évènement exceptionnel.

La revue de l’ASI, Association suisse des infirmières et infirmiers, titre: «L’année des infirmières prend une nouvelle dimension». À juste titre, je ne pensais pas me retrouver à relever un si beau défi malgré le contexte malheureux du CoVID-19. Quelle fierté d’être infirmière et de faire partie des équipes de renfort. Je me retrouve à soigner des personnes extrêmement vulnérables ou en situation de handicap qui demandent de l’attention, des soins et du réconfort à tout moment. Cet univers si particulier est très différent de ce que je pratique habituellement. Je dois mobiliser toutes mes connaissances et mon énergie pour m’imprégner rapidement des soins à faire. Pas le choix, je dois être très vite efficace. Les mandats s’enchainent. Pas le temps de me poser trop de questions. Les journées sont riches mais surtout riches en échanges humains. De mon balcon, j’applaudis toujours mes collègues, mais cette fois je le fais aussi pour moi.

Août 2020. Les écoles reprennent vie, j'y retourne. Mais le CoVID-19 ne lâche pas. L’effort doit perdurer, il faut donner du sens, persévérer, prendre soin de soi pour garder l’énergie nécessaire pour continuer à aider.

J’attends, j’écoute, j’analyse, j’espère…être prête à? disponible à?

Novembre 2020. Cette fois, les écoles restent ouvertes et les infirmier×e×s scolaires sont sollicité×e×s pour le dépistage en milieu scolaire ou la vaccination. Encore une fois, je me sens concernée et prête à m’investir pour soutenir l’effort collectif. Je suis de nature optimiste et positive face à l’adversité, ce qui me permet de garder le moral et d’en faire profiter mon entourage. Ce CoVID-19 nous oblige à sortir de notre zone de confort et cela n’est pas évident pour tous. Mais quelle satisfaction de se dépasser, de relever le défi de l’infirmière dynamique, fière et polyvalente que l'on est. Le contexte incertain, l’instabilité générale, les informations fluctuantes, les tensions ou l’anxiété permanentes n’aident pas. Depuis une année, mon travail ne s’arrête pas aux portes de mon bureau. J’ai été fortement sollicitée tant au niveau professionnel que privé. Je garde la tête froide. Je ne me plains pas. Je suis infirmière, mon expertise rassure les gens, mais moi, qui me rassure?

Appelée encore. J’intègre la première équipe formée au dépistage pour intervenir dans les écoles vaudoises. Ma première intervention de dépistage, avec mes collègues, a été auprès d’enfants en situation de handicap. Situations extrêmement délicates et singulières. Ces enfants fragiles demandent du temps, de la patience et de la négociation pour créer un climat de confiance et éviter un traumatisme de plus. Mon expérience de 30 ans en pédiatrie m’a permis de le faire avec toute la douceur nécessaire.

Avec les étudiant×e×s au sein du gymnase, mon rôle est similaire. L'interaction est plus facile, mais ils demandent tout autant d’être rassurés. Lors des passages dans les établissements scolaires, nous collaborons avec l’infirmier×e scolaire et passons dans la classe concernée par le dépistage. Généralement, l’enseignant a entamé la discussion et nous complétons pour expliquer notre présence et répondre aux questions. Quand l’élève vient faire le test, il pose peu de questions et est plus à l’aise. On se concentre davantage sur la technique et les peurs que cela peut susciter au moment de l’acte. Techniquement le geste de dépistage n’est pas difficile, mais nous travaillons avec des enfants, adolescents et jeunes et cela demande du temps, du temps pour comprendre l’action, pour adhérer et être rassuré. Nous n’avons que quelques minutes à disposition pour chaque test. Encore une fois, mon expérience prend le relai et tout se passe bien. Les familles et les directions d’école jouent bien le jeu, ils comprennent le sens de l’intervention et les procédures en place sont très claires.

Au-delà des dépistages, je continue mon travail au quotidien. L’avenir reste incertain et la durée du CoVID-19 pèse sur le moral des étudiants. Actuellement, une certaine banalisation s’installe, la vigilance devient un sport. Les étudiants se sentent de moins en moins concernés. Ils comprennent les gestes barrières mais trouvent plus difficiles de les appliquer au quotidien. Des rappels sont régulièrement nécessaires. Le port du masque est un défi au quotidien, la fatigue est plus présente.

La promotion et la prévention de la santé est un cheval de bataille dans le contexte actuel. Les jeunes ont besoin de se réunir, de se toucher, de faire la fête, de faire du sport en groupe et les politiques de restriction bloquent tout. Certains s’adaptent avec philosophie et créativité mais pour d’autres, un soutien psychologique devient nécessaire. La santé mentale fait partie de 90% de mon travail d’infirmière scolaire. Ce pourcentage n’a pas tellement changé avec l’arrivée du CoVID-19, mais a intensifié les situations. Les élèves sont inquiets au sujet de leur avenir, de la qualité de leur formation, des tensions à la maison ou de la durée de l’isolement social. Ils sont toutefois contents d’avoir du lien à l’école avec les camarades de classe.

J’ai de la chance d’être infirmière scolaire. C’est un travail dynamique et valorisant que de travailler avec la population estudiantine. Les jeunes ont une créativité et une adaptabilité pour faire face à l’adversité. Les plus démunis sont ceux avec des contextes familiaux particuliers. Lors de mes consultations, l’élève ne vient plus seul×e: la solidarité entre camarades a nettement augmenté. En regardant la majorité des étudiants lors des pauses, dans la cour, à la cafétéria ou dans les espaces libres, il me semble qu’ils vont plutôt bien. J’entends des rires, j’entends la musique entraînante du piano tous les jours (piano en libre-service), je vois des conversations animées, je perçois encore de la joie de vivre et cela me fait aussi du bien.

Je n’attends plus. Je suis confiante et bien armée à… Je suis infirmière scolaire.

Courage, patience et santé à tous !

Marie-Josée Labelle Buri
Infirmière scolaire
Unité de promotion de la santé et de prévention en milieu scolaire (Unité PSPS)

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